Ni l’âge ni la mode : la vraie raison pour laquelle tant de femmes coupent court
Cheveux longs ou courts après 40 ans ? Si la question anime d’innombrables discussions au salon de coiffure et fait gloser les magazines, Demi Moore, chevelure XXL au vent, a récemment relancé le débat. Lors d’une interview pour le magazine People en 2022, elle questionnait avec malice : « Je me souviens avoir entendu que lorsque les femmes vieillissent, elles ne doivent pas avoir les cheveux longs. Mais qui a dit cela ? Si nos cheveux peuvent être longs et qu’ils ne sont pas abîmés, alors pourquoi nous ne pourrions pas garder cette longueur ? » Voilà de quoi décoiffer quelques idées reçues !
Une histoire de temps… et de société
Pour Michel Messu, sociologue et auteur du livre Un ethnologue chez le coiffeur, la tendance à raccourcir la fibre capillaire féminine ne vient pas de l’âge mais d’une toute autre transformation : « Le cheveu de la femme s’est raccourci en raison de l’évolution de son activité sociale et, par conséquent, de la diminution de son temps dédié à la coiffure. Plus elle a eu d’activités grâce aux changements sociaux, moins elle a eu de temps pour s’occuper de ses cheveux, et donc, elle les a raccourcis. »
Ironie de l’histoire, ce sont bien celles qui en avaient le plus, du temps, qui arboraient de somptueuses crinières. Au XVIIIe siècle, chez les nobles et bourgeoises, soigner un chignon chargé de bijoux était une activité à part entière. Côté classes populaires, on gardait aussi la longueur, mais on la domestiquait : tresses, foulards… L’idée commune ? Le cheveu long symbolisait la féminité, la beauté, la séduction.
Les techniques et le « capital cheveux » : la vraie donne
La révolution a vraiment eu lieu au XXe siècle, notamment dans les années 1960, avec l’arrivée des innovations beauté (citons la fameuse laque Elnett). « Ces évolutions techniques ont permis aux femmes d’arborer une chevelure plus courte mais toujours séduisante, facilitant ses interactions dans ce nouveau monde social, cette vie active salariée », note Michel Messu. Aujourd’hui, tout un arsenal de traitements (compléments alimentaires, mésothérapie, microneedling…) fait les beaux jours des rayons coiffure et cabinets esthétiques.
Mais que l’on soit addict à la kératine ou adepte du carré low maintenance, la question du « capital cheveux » est centrale, comme le souligne Natacha Dzikowski, auteure de J’ai l’âge que je veux : « Les femmes de plus de 40 et 50 ans ont toutes en tête les chevelures longues de Gisele Bündchen ou d’Elle McPherson. Sauf qu’elles n’ont pas toutes des cheveux suffisamment fournis et de qualité pour pouvoir les porter aussi longs qu’elles. » Très logiquement, la coupe courte compense la perte de densité : elle donne l’impression de volume et une vitalité retrouvée.
- Avec l’âge, les cheveux deviennent souvent plus fins, moins vigoureux et moins denses.
- Notre « capital cheveux » diminue tous les sept ans ; la matière s’use comme la peau.
- Les routines capillaires intensives peuvent retarder, mais non empêcher, le phénomène d’affinement.
Pour Natacha Dzikowski, tout est affaire de compromis réalistes : « Si j’ai envie d’avoir la crinière de Gisèle un jour, je m’achèterai une perruque ! Mais j’aime bien ma chevelure ainsi, on s’est habitués l’une à l’autre. »
Plus qu’une question d’âge : un détour par l’intime et l’image de soi
Laurence, 48 ans, assume ainsi une vraie routine pour garder ses cheveux longs : double shampooing, masque à la kératine, brushing, couleur et botox capillaire. Elle reçoit aujourd’hui plus de compliments qu’avec ses cheveux courts : « Sans eux, je ne me sens pas moi. » Pourtant, ce choix va à rebours de ce que lui répétait sa mère : « À 40 ans, on doit couper ses cheveux. » Pour elle, la longueur n’est pas une histoire d’années mais d’entretien. Elle prévient toutefois : peut-être les portera-t-elle plus courts, aux épaules, mais tant qu’ils sont sains, elle ne coupe pas !
Côté opposé, Clémentine, 59 ans, a cédé au carré : « Jusqu’à l’âge de 40, 45 ans, j’avais les cheveux longs au milieu du dos, mais avec le temps ça peut vite faire ‘négligé’ si on ne les coiffe pas. » L’ultracourt ? Très peu pour elle. En fin de compte, la vraie limite n’est pas l’âge mais ce que la chevelure autorise – et ce que chacune peut (ou veut) lui consacrer en soins et effort.
Cette décision capillaire, loin d’être anecdotique, touche à l’identité. Hovig Etoyan, coiffeur et fondateur du salon Le 14 à Paris, le confirme : « L’idée, ce n’est pas de ressembler à une adolescente à 50 ans, mais d’être alignée avec soi-même au moment présent, d’être en accord avec son âge. » Reste que pour beaucoup, le passage à la coupe courte symbolise le point de bascule vers la catégorie « femmes plus âgées » – d’où ce fameux blocage, ce syndrôme du « no return » capillaire.
En conclusion : ni l’âge ni la mode ne décident vraiment du passage au court. C’est le cheveu qui tranche, et l’envie de s’assumer sans dogme, à chaque étape de sa vie. Finalement, porter les cheveux longs ou courts, c’est avant tout une histoire personnelle, un choix d’accord avec la réalité… et un brin de bonne humeur face au miroir, quel que soit le verdict capillaire du jour !













