Imaginez : vous trônez depuis des années au sommet de l’info, visage familier du JT, appréciée de tous… et soudain, bim ! On vous met sur la touche parce que, ô scandale, vos cheveux décident de virer au gris. Non, ce n’est pas la bande-annonce d’une série dystopique, mais bel et bien une réalité qui a secoué le petit écran canadien. La victime ? Lisa LaFlamme, présentatrice vedette de CTVNews. Derrière ce fait divers capillaire (pardonnez le jeu de mots), c’est tout un système de discrimination envers les femmes de plus de 50 ans qui se remet à l’avant-scène.
Des chiffres qui font grincer… des cheveux blancs
La question de l’âgisme au féminin dépasse largement le cas de Lisa LaFlamme. Plusieurs études récentes résonnent comme une alarme : nombre de femmes de plus de 50 ans subissent une discrimination directe liée à leur âge.
- Selon une enquête menée par l’AARP (American Association of Retired Persons), plus de la moitié des femmes âgées de 45 ans et plus affirment avoir déjà été victimes de discrimination au travail.
- L’OCDE révèle que les femmes de plus de 50 ans sont deux fois plus susceptibles d’être au chômage que leurs homologues masculins du même âge.
- D’après une enquête signée Dove, seulement 15 % des femmes de plus de 50 ans se sentent représentées dans la publicité. On les cherche toujours : elles semblent plus rares à l’écran qu’un polynôme parfait dans une copie de maths.
- Enfin, l’Université du Michigan a montré en 2018 que les femmes quinquagénaires ou plus sont largement sous-représentées dans les rôles à la télévision ou au cinéma, nettement moins choisies que les hommes du même âge.
Autant dire que la route vers une visibilité normale, ou juste décemment grisonnante, est semée d’embûches.
Lisa LaFlamme : chronique d’un gris annoncé
Visage emblématique du journal télévisé canadien, Lisa LaFlamme s’apprêtait à mener encore plusieurs belles années devant les caméras. C’était sans compter sur l’inélégance de certains décideurs : comme le rapporte Vanity Fair, son contrat devrait prendre fin deux ans plus tôt que prévu. Selon les éléments dévoilés, un cadre supérieur de la chaîne n’aurait guère apprécié de voir « les cheveux de Lisa devenir gris ». Cerise sur le brushing : le sujet aurait même été abordé sur le plateau, lorsque l’intéressé a noté que sa chevelure prenait une « teinte violette » sous les projecteurs du studio. De quoi démêler les langues et provoquer une onde de choc médiatique.
La société mère, Bell Media, s’est retranchée derrière une « décision financière motivée par le changement des habitudes des téléspectateurs ». Toutefois, huit mois après son éviction, Lisa LaFlamme s’exprimait auprès de CBC News pour expliquer qu’elle souhaitait passer à autre chose et désormais s’investir dans des causes qui lui sont chères.
Mobilisation générale : du studio à la société, ne touchez plus à nos grisettes !
Ce renvoi brutal a fait bondir les collègues et le public. C’est bien connu, quand on touche à l’une, on éveille toute la ruche — pour ne pas dire la horde de journalistes chevronnées ! Ainsi, Céline Galipeau, elle aussi cheffe d’antenne, a vivement réagi : « Comment, en 2022, peut-on traiter une femme d’expérience comme elle, qui trône au sommet des cotes d’écoute avec le bulletin le plus regardé du pays ? J’en suis la preuve vivante : on peut vieillir à l’écran aujourd’hui. » Elle propose même que toutes les cheffes d’antenne jouent le coup d’éclat de porter une perruque grise en soutien à Lisa LaFlamme.
Dove Canada a également lancé une campagne de sensibilisation : les utilisateurs de Twitter étaient invités à ajouter un filtre gris à leur photo de profil, affichant ainsi leur solidarité. « Les femmes aux cheveux gris se font mettre à l’écart de leur milieu de travail. Alors Dove devient gris. Ensemble, nous pouvons soutenir les femmes à prendre de l’âge de manière magnifique, à leurs propres conditions », a déclaré l’entreprise.
La vague a traversé l’Atlantique et trouvé des échos en France. Laure Adler, journaliste reconnue, a fustigé ces discriminations dans Libération avec sa punchline mémorable : « Je suis vieille et je vous emmerde ». L’essayiste rappelle combien les injonctions de la société pèsent sur l’image, l’énergie, l’avenir des femmes, tout en concluant que vieillir n’a rien d’une condamnation à l’oubli collectif.
- « Vieillir est synonyme de perte, perte de mémoire, perte de repères, perte de moyens, perte de vue. Mais vieillir pourtant ce n’est pas courir à sa perte… ce n’est pas parce qu’on est vieux qu’on est bon à jeter à la benne aux ordures », affirme-t-elle.
Nombre de personnalités publiques prennent désormais la parole pour dénoncer l’âgisme : Halle Berry, Emmanuelle Béart, Kate Winslet, Virginie Efira… Toutes ont « hâte d’encore vieillir », parce qu’il y a « tant de choses à faire ».
En somme, loin d’être un simple incident isolé, le renvoi de Lisa LaFlamme soulève le couvercle d’une marmite qu’on voudrait trop souvent garder fermée. Et si, au fond, arborer des cheveux gris devenait enfin synonyme de liberté et de force ? Allez, à vos selfies, filtres gris et autodérision : la révolution argentée est en marche !













